
Toute l'absurdité de cette ville pourrait se résumer en une photo.
On dit que Paris est une ville connue et reconnue pour la désagréabilité des ses autochtones, j’ai envie de vous faire part du peu de fois où elle a su me prouver le contraire. Car si rares furent ces fois, si marquantes furent elles.
- L’année dernière, un soir, aux alentours de septembre-octobre, je rentrais de mon taf, j’arrive à St Lazare, je vois que la grille qui mène vers mon train est fermée. Horreur malheur. J’aperçois un homme en train de balayer derrière la fameuse grille, je lui demande comment je peux faire pour rejoindre la Gare du Nord. Il me baragouine un truc dans un charabia incompréhensible, je commence à me faire le plan de métro dans ma tête et je me rends compte que je ne sais absolument pas comment je vais faire pour regagner mon lit. Soudain, un grand jeune homme à cheveux bouclés et à instrument de musique dans la main (j’apprendrais plus tard que c’est un alto mais là n’est pas le sujet) vient me demander ce qui se passe, lui aussi souhaitant emprunter le même chemin.
Je commence à lui expliquer le soucis, et là, lui d’ajouter “bon bah suis moi on va trouver”. On traverse toute la gare, on trouve le métro qu’on veut, mais comme le hasard fait bien les choses, cette ligne de métro est interrompue elle aussi. L’homme ne se démobilisant pas, il me dit qu’on va sortir de la gare et qu’on va aller rechoper une ligne plus loin dans Paris.
Moi, tout à fait non intéressée, je lui emboîte le pas -ça va de soi. C’est alors que je me retrouve à arpenter vers 23h30-00h les rues de Paris avec un homme que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, qui me fait traverser des chemins qui me paraissent bien longs. Plus étonnant encore, et ce que je redoute le plus au monde (j’irais même jusqu’à dire ma plus grande phobie) n’arrive pas, il n’y a aucun blanc. On a une foule de choses à se dire qui n’ont aucun rapport avec la ligne de train qui est fermée mais au contraire, on commence à se raconter nos vies, on rit, il a le même humour un peu piquant, bref j’apprécie. Il me propose une clope, me raconte qu’il est au conservatoire de notre bienveillante capitale, qu’il joue X instruments de musique. Le charme opère je remercie le destin.
On arrive “enfin” à rattraper un métro, étant donné qu’il est tard le prochain est dans une bonne cinquaine de minutes. On se pose on continue à parler, le traditionnel “c’est si rare ce genre de situation” sort de sa bouche. Soudain son téléphone sonne et arriva ce qui devait arriver. “Oui mon coeur, oui mon amour, oui bah en fait y’a un soucis dans les transports mais j’arrive bientôt te fais pas de soucis, tu t’endors pas hein mon coeur”. RAAAHAHAHAHHA. VDM.
S’ensuit un non échange de numéro de téléphone, un au revoir (que dis-je, un adieu) sur la ligne 2. Jean-Baptiste (encore un prénom à coucher dehors) si tu nous regarde… Tu restes un bon souvenir de transport.
- Autre situation non négligeable. Y’a un peu plus d’un mois de ça, je participe à une pendaison de crémaillère entre collocs dans un appart de batard (mais quand je dis de batard c’était pire que ça) dans cette ville magnifique, avec une majorité de gens que je n’ai jamais vu (où l’art de l’incruste parisienne). Soirée de malade, irruption des flics, voisine folle qui nous dit que c’est même pas la peine de monter car elle va nous faire redescendre aussi vite.
Arrive la fin, les “locaux” se vident et seuls les intrépides persistent à rester. Je m’affale sur le premier canap’ venu et commence à cuver mon vin et toutes les autres matières étranges que j’ai ingurgité. Un mec (que j’avais remarqué à plusieurs reprises car il avait eu la bonne idée de ressembler comme deux gouttes d’eau à l’autiste qui refuse de parler dans Little Miss Sunshine) vient s’asseoir à mes côtés et comme ça doit être marqué sur mon visage que je suis ce genre de connasse, on commence à tailler sur tout le monde, ça passe par tout et n’importe quoi. Et je ris, je ris alors que de toute évidence ce mec n’est absolument pas mon style, qu’en temps normal je ne lui aurai jamais parlé. Pourtant on entretient une conversation qui n’a aucune cohérence mais le fait est qu’on arrive à se dire plein plein de choses drôles et intéressantes.
Arrive le moment fatidique où tout le monde doit plier bagage, je me lève, je le salue, je descends l’immeuble mais comme la vie est étrange je m’asseois sur le banc en face de l’entrée et j’attends que ça se passe (bon je n’étais pas seule je rejoignais mes camarades en fait, qui eux aussi avaient du trouver le banc agréable). C’est alors que Paul Dano fait de nouveau son apparition et qu’on se remet à se raconter des balivernes, mais cette fois-ci sur un banc dans le froid. On se dit que ce serait quand même pas mal de rentrer @ home, donc on commence à suivre tout le monde. Je ne sais pas combien de temps cette ballade a duré, je ne sais même pas quels chemins nous avons empruntés, ça a duré sans doute plus d’une heure et le fait est que je n’ai pas vu le temps passer. J’ai parlé avec ce mec de musique, de ciné, de livres, de tout et n’importe quoi, des baskets jaunes du mec qui était devant nous, d’humour noir et méchant, il m’a dit qu’il avait fait de la figuration dans “Paris je t’aime” dans la séquences des frères Cohen, bref c’était n’importe quoi et pourtant c’était excellent. Et il n’était pas beau. C’est dire à quel point c’était un défi…
Et comme “une fois n’est pas coutume” nous nous sommes quittés sur un “adieu” franc et massif et je ne lui ai pas demandé ses coordonnées postaux.
Car c’est ainsi que ces souvenirs restent de bons souvenirs.
- J’ai un autre cas de figure mais je n’ai pas le temps de le rédiger. Patience.
Mais je peux déjà faire ma conclusion : j’aime de plus en plus cette ville. Chaque nouvelle rue est une découverte, chaque endroit prend une autre dimension à la nuit tombée, j’ai un souvenir gravé dans pratiquement tous les recoins de ses arrondissements. C’est un plaisir sans fin.